Rob Stewart

Rob Stewart est né à Toronto, au Canada. Il a 27 ans. Sa profession? Biologiste, photographe, cinéaste. Son actualité: il a sorti au cinéma, mercredi dernier, son film «Les seigneurs de la mer»
C'est caméra au poing que Rob Stewart essaie de «créer une révolution dans nos relations avec la nature et avec les requins». Son film documentaire «Les seigneurs de la mer», sorti le 9 avril en Suisse, navigue entre belles images et scènes violentes, entre militantisme et acte d'amour. «Cela fait des années que l'on nous montre de belles images qui suscitent le respect, et rien n'est entrepris. Parfois, le grand public a aussi besoin de voir l'envers du décor», argumente Rob Stewart, qui souligne en passant les cinq décès annuels dus aux requins, contre cent provoqués par des éléphants, par exemple.
Dans «Les seigneurs de la mer», le Canadien de Toronto se retrouve aux côtés de l'équipage de l'activiste des mers Paul Watson, et tente de mettre en échec les braconniers de requins à la solde de mafias asiatiques, dénonçant le «shark finning». Cette activité représente, avec l'industrialisation de la pêche, la cause la plus importante du déclin des populations mondiales de requins (cent millions tués par an). Elle consiste à pêcher les requins, à couper leurs ailerons, puis à les remettre à l'eau, souvent vivants, les condamnant à une mort lente. L'aileron, mets de choix en Chine négocié jusqu'à 500 dollars le kilo, finira dans un potage. «Près de 75% des Chinois ne savent même pas qu'ils ont du requin dans leur assiette, car on leur présente cette soupe comme de la soupe aux ailerons de poisson», fait-il constater.
Indispensable à l'équilibre
Mais pourquoi se doit-on de venir au secours de cet animal qui a déjà survécu à cinq extinctions majeures? «Car notre survie dépend des océans. Les phytoplanctons, après transformation du dioxyde de carbone, nous procurent 70% de l'oxygène que l'on respire. Le pillage actuel des mers est aussi grave que le trou dans la couche d'ozone. Comme le requin est l'un des prédateurs au sommet de l'échelle alimentaire marine depuis 400 millions d'années, on a besoin de lui pour réguler les autres espèces et assurer un équilibre», explique-t-il. Selon lui, si rien n'est fait immédiatement, la plupart des requins - à l'exception de ceux vivant dans les grandes profondeurs ou sous les glaces arctiques - auront disparu d'ici à dix ans!
Selon Rob Stewart, le requin-marteau «est le plus manoeuvrable, le plus sociable des requins.»
Michael Scholl

Michael Scholl est né à Zurich, mais il a grandi entre Blonay et Saint-Légier (VD). Il a 36 ans et habite actuellement Vevey. Sa profession? Biologiste et enseignant. Son actualité: des conférences et la mise à jour de sa base de données sur les grands blancs. En attendant son nouveau site, surfez sur http://www.whitesharktrust.org
«Aujourd'hui, la seule façon de sauver le requin est de prouver qu'il a plus de valeur vivant que mort!» Ce constat, le Vaudois Michael Scholl, biologiste et spécialiste mondial du grand requin blanc, le prononce à contrecoeur, mais y voit un pis-aller permettant d'épargner les squales d'une mort annoncée. Leur donner une valeur économique pour tenter de préserver leur valeur écologique. «Actuellement, seuls les Bahamas y sont parvenues et ont décidé de le protéger afin d'étoffer leur offre touristique.»
Pourquoi en est-on arrivé à cet état d'urgence? Est-ce la faute à Spielberg? «Il y a naturellement la pêche intensive et le goût prononcé et grandissant des Asiatiques pour les ailerons de requins. Mais aussi «Les dents de la mer»! Ce film a gravé dans l'inconscient collectif occidental l'image fallacieuse d'un tueur né. J'en veux profondément à Spielberg, d'autant qu'il n'a rien fait pour corriger le tir, contrairement à l'auteur du livre éponyme. Si le grand blanc était le mangeur d'hommes que l'on voudrait nous faire croire, plus personne ne se risquerait à nager dans la mer, au même titre que l'on n'irait jamais marcher dans une savane où vivent des lions! Le requin est un animal curieux et timide, et les rares accidents impliquant l'homme proviennent généralement d'une confusion avec une otarie.»
Avec la verve convaincue et convaincante du passionné, Michael Scholl essaie de redonner une image plus positive aux requins lors de conférences dans les écoles et les lieux publics. Il y parle des dangers qui les menacent, mais aussi de ses particularités: «Peu de personnes savent que le requin est un poisson, et que sur les 400 espèces existantes, 70% accouchent de petits (les 30% restants pondent des oeufs, ndlr.), d'où une reproduction très lente. Quant au requin blanc, on ne sait ni où ni comment il se reproduit, ce qui n'est pas pour aider les prises de décisions politiques en sa faveur», déplore le biologiste. Et ce n'est pas lui qui pourra répondre à ces questions... Après dix ans d'études sur le terrain, en Afrique du Sud, il a dû revenir en Suisse, faute de moyens. Là-bas, il a pu démontrer - grâce à des identifications photographiques et la base de données la plus étoffée du monde - qu'un grand blanc peut migrer de la pointe de l'Afrique vers l'Australie. Désormais, la vie de cet homme qui a grandi devant les films de Cousteau est en Suisse, où il enseigne. Et où il mène son combat par le biais de ses talents d'orateur...
Michael Scholl en veut au film «Les dents de la mer», qui a donné une image fausse et très négative des grands requins blancs.


